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Complicités, Création contemporaine

Kaija Saariaho : la grammaire des rêves

Auditorium • Cité de la musique et de la danse

Lundi 04 février • 20h

ACCROCHE NOTE +++
KAIJA SAARIAHO

LA GRAMMAIRE DES RÊVES

Concert monographique d’œuvres de Kaija Saariaho avec la participation des étudiants de la HEAR et du Quatuor Adastra. 

  • Figura pour clarinette, quatuor à cordes et piano (2016)
  • Trois rivières pour quatre percussionnistes et électronique (1993)
  • Nymphea Jardin secret III pour quatuor à cordes et électronique (1987)
  • Grammaire des rêves pour deux voix et ensemble (1988-1989)

 

Ensemble Accroche Note
Françoise Kubler, soprano / Armand Angster, clarinette / Pauline Haas, harpe Frédéric Apffel, ingénieur du son

Quatuor Adastra
Julien Moquet et Mélanie Ravaux, violons / Marion Abeilhou, alto / Solène Queyras, violoncelle 

Etudiants de la HEAR et du Conservatoire
Victoria Salach, voix / Nestor Daniel Alvarez Gonzalez et Chloé Couture, flûtes / Nathan Adenote, alto / David Poro, violoncelle / Simon Journet, Victor Lodéon, Melaine Gaudin et Pit Dahm, percussions / Mirae Oh, piano
Antonio Tules, réalisateur informatique musicale

 

NOTES SUR LES œUVRES

Figura pour clarinette, quatuor à cordes et piano (2016)
Armand Angster, clarinette / Julien Moquet et Mélanie Ravaux, violons / Marion Abeilhou, alto
Solène Queyras, violoncelle / Mirae Oh, piano

J’ai voulu composer une œuvre de musique de chambre qui s’appuie sur mon concerto pour clarinette D’om le vrai sens. En examinant cette partition, mon attention a été attirée par le fait que ce concerto utilise deux matériaux opposés : d’abord, un matériau calme, émouvant, coloré, et d’autre part un matériau rythmiquement agité, dynamique et intense.
J’ai commencé à réorganiser une partie de la musique du concerto en fonction de ces deux aspects, et j’ai conçu une pièce double dont les deux mouvements s’intitulent Animus et Anima. Référence à l’idée jungienne de la persona et à notre inconscient partagé entre l’esprit (Animus) et l’âme (Anima). Sans aller plus en détails dans la définition généralement acceptée de ces termes, j’ai trouvé une nouvelle fraîcheur, dont j’avais besoin, pour écrire une œuvre nouvelle à partir d’un matériau existant. Et comme souvent, ces associations extra-musicales ont influencé souterrainement mon esprit au cours de la composition.
La ligne de clarinette est le fil rouge de cette œuvre de chambre, les relations entre les autres instruments se modifiant constamment.
Dans Animus, le quatuor à cordes et le piano commentent les phrases de la clarinette ou se disputant à leur propos, la musique avance facilement avec une énergie motorique, physique, se projetant sans interruption dans le second mouvement Anima. L’énergie fait place alors à une lente respiration. La clarinette aborde un chemin en spirale qui se faufile entre des trilles éthérés.
Cette œuvre ayant été commandée par la Biennale de Venise pour le 60° anniversaire du festival de musique contemporaine, je lui ai donné un titre italien : Figura.

K.S.

Trois rivières pour quatre percussionnistes et électronique (1993)
Simon Journet, Victor Lodéon, Melaine Gaudin et Pit Dahm, percussions

Comme le suggère le titre, Trois rivières est divisé en trois sections séparées. La première partie introduit toutes les couleurs instrumentales utilisées dans la pièce. L’aspect rythmique est ici presque supprimé, laissant place aux gammes de timbre, couleurs, résonances, attaques et textures au premier plan. Les instruments utilisés proviennent de toute la famille des percussions, mais les instruments à hauteur sont privilégiés.
La seconde partie ajoute aspect rythmique aux nuances de couleur et de texture, comme un ostinato développé dans plusieurs directions.
La dernière partie est un épilogue, utilisant les idées des deux premières sections. Ici, les matériaux et leur rapport entre eux, sont réorganisés de manière différente.
Les voix amplifiées des percussionnistes fonctionnent comme un prolongement de leurs instruments, utilisées plutôt pour des textures rythmiques libres ou des rythmes strictement notés. Le poème « La nuit de lune sur le fleuve » du poète Chinois Li Po (701-762) en constitue le matériau.

K.S.

Nymphea Jardin secret III pour quatuor à cordes et électronique (1987)
Julien Moquet et Mélanie Ravaux, violons / Marion Abeilhou, alto / Solène Queyras, violoncelle 

Avec Nymphéa, pour quatuor à cordes et électronique, je poursuis mon approche des instruments à cordes engagée avec des œuvres antérieures (Lichtbogen et Io). Je développe également des processus musicaux à l’aide de l’informatique et de mes propres programmes ; le sous-titre Jardin secret III indique ici une filiation avec d’autres pièces participant de la même démarche. Cette approche vise essentiellement à élargir le vocabulaire des instruments à cordes (couleur et timbre), et à définir un contraste entre textures limpides, délicates, et masses sonores violentes, incandescentes.
J’ai utilisé l’informatique de différentes manières pour organiser le matériau musical de cette pièce. La base de l’entière structure harmonique repose sur des sons complexes de violoncelle analysés par un ordinateur. Le matériau fondamental des transformations rythmiques et mélodiques répond lui aussi à des calculs informatiques ; les motifs musicaux se transforment progressivement et se reproduisent sans cesse. J’ai utilisé par ailleurs des sons provenant d’un véritable quatuor à cordes et qui sont manipulés en direct lors du concert.
Des images ont pris forme dans mon esprit lors de la composition : l’image de la structure symétrique d’un nénuphar, cette symétrie cassée et transformée par le remous des flots. Différentes interprétations de la même image, dans différentes dimensions ; d’une part, une surface unidimensionnelle avec sa structure, ses couleurs ; d’autre part, la perception de formes, de dimensions et de matériaux différents – un nénuphar blanc alimenté par une vase subaquatique.

K.S.

 

Grammaire des rêves pour deux voix et ensemble (1988-1989)

Françoise Kubler, soprano / Victoria Salach, mezzo-soprano / Nestor Daniel Alvarez Gonzalez et Chloé Couture, flûtes / Nathan Adenote, alto / David Poro, violoncelle / Pauline Haas, harpe / Mirae Oh, piano / Armand Angster, direction

Grammaire des Rêves est né de ma curiosité pour le rapport entre la voix et les instruments, un sujet que j’avais mis de côté depuis plusieurs des années. Comme l’indique le titre de la pièce, mon autre source d’intérêt était la vie structurelle des rêves.
Différentes idées concernant la recherche des rêves ont influencé le travail de composition et se sont transformées purement en musique (par exemple, comment notre corps en mouvement affecte nos rêves, change leurs directions ou les interrompt). Dans la pièce, la harpe est traitée comme les sursauts des membres, qui par leurs mouvements dirigent le flow musical.
Un autre intérêt était de chercher la fusion dans cet ensemble hétérogène. Pour cette raison, la texture musicale est peut être plus simple que dans d’autres de mes pièces récentes, et les changements les plus radicaux sont exprimés par les vibratos, trilles, glissandi et évolutions dynamiques, utilisés ici comme des formes imaginaires, à travers lesquelles les parties instrumentales s’infiltrent.
La majeure partie du texte est un collage d’écrits de Paul Eluard. Certains fragments plus longs sont tirés de son poème « Premièrement (L’Amour la Poésie) ».

K.S.

 

BIOGRAPHIE DE LA COMPOSITRICE

Compositrice finlandaise née en 1952 en Finlande. Kaija Saariaho étudie la composition avec Paavo Heininen, Klaus Huber et Brian Ferneyhough, puis l’informatique musicale à l’Ircam en 1982. Elle vit depuis à Paris, tout en enseignant successivement à San Diego et Helsinki. Dans la lignée de l’esthétique spectrale, son œuvre s’appuie sur l’utilisation de l’ordinateur. Elle impose un style très personnel avec notamment un travail original sur ce que la compositrice nomme « l’axe timbral » qui l’amène à distinguer sons éthérés et sons bruités, sur les textures tant électroniques qu’acoustiques, leur combinaison, et la transformation progressive de masses sonores.

ENSEMBLE ACCROCHE NOTE

Ensemble de solistes formé autour de Françoise Kubler (soprano) et Armand Angster (clarinettiste), Accroche Note investit de manière multiple le répertoire des musiques d’aujourd’hui.
Chaque programme décide de la personnalité et du nombre de musiciens qui constituent l’ensemble. La souplesse de son effectif – du solo à l’ensemble de chambre – lui permet d’aborder en différents projets les pages historiques, la littérature instrumentale et vocale du XXème siècle et d’aujourd’hui ainsi que les musiques improvisées.
Depuis plusieurs années, l’ensemble développe une politique de commandes et travaille en étroite collaboration avec les compositeurs.
Accroche Note a sorti un double CD consacré à 30 ans de création musicale au festival Musica en 2013. En 2016, l’Ensemble a produit un disque de clarinette seule par Armand Angster, Solo clarinet ; un DVD Ombra de Pierre Jodlowski est également paru chez Eole.

LES PARTENAIRES

Accroche Note est un ensemble conventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication – Direction Régionale des Affaires Culturelles du Grand Est – et la Ville de Strasbourg, et soutenu par la Région Grand Est, le Conseil général du Bas-Rhin, la Spedidam et la Sacem. L’ensemble est partenaire du Portail de la musique contemporaine.

Ce concert est soutenu par le Conservatoire et l’Académie supérieure de musique de Strasbourg-HEAR.

Informations : 03 88 23 18 44