Saison publique

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Enseignants en scène

Sonata infedele

Salle d'orchestre • Cité de la musique et de la danse

Lundi 21 novembre • 19h

Patrick Blanc, flûtes
Christine Héraud, clavecin

Programme à télécharger

Au cœur de ce programme, la certitude qu’une des œuvres les plus emblématiques de J.S. Bach pour la flûte, l’une des plus jouées d’ailleurs, ne nous est pas parvenue telle qu’elle a été conçue. Telle l’armure résiduelle et désincarnée du Chevalier inexistant du roman éponyme d’Italo Calvino, ce solo n’est pour nous que l’ombre, ou la surface cristalline, d’une sonate en la mineur aujourd’hui perdue/altérée. Le propos n’est pas ici de défendre d’un point de vue musicologique la véracité de notre affirmation. Il suffira de dire que la simple comparaison avec les nombreuses pièces pour flûte ou violon seul que nous possédons par Bach ou Telemann, ne laisse aucun doute : la partita pour flûte seule de Bach est incomplète. Il faut pour en retrouver toute la saveur lui restituer sa Basse.
Apparemment un flûtiste du XVIIIe siècle aurait donc recopié un dessus, ou la main droite d’une pièce de clavecin, pour en faire un solo ou une étude pour la flûte. Ce genre d’emprunt était fréquent dans un temps où les droits d’auteur n’existaient pas, et ils ont pu jouer parfois un rôle positif. Sans remonter aux tropes médiévaux ou aux messes parodiques de la Renaissance (qui reprenaient des chansons à la mode) un compositeur comme Haendel n’hésitait pas à recycler ses propres thèmes, ou des mouvements entiers, qui circulaient d’une sonate, d’un opéra, d’un concerto à l’autre. Dans les théâtres les plus renommés, on faisait d’ailleurs dans un souci de bonne gestion et d’économie grand usage de ce qu’on appelait « les pièces usées ». Il apparait qu’au XVIIIe siècle ce soit celles-ci qui assuraient la rentabilité financières des théâtres, et non les nouveautés.
Il pouvait arriver bien sûr que les parodies dépassent le cadre du simple hommage, la motivation commerciale pouvant alors prédominer. C’est le cas de Nicolas Chédeville, qui s’approprie la signature de Vivaldi, pour une publication de 6 sonates dont la plupart ne sont absolument pas du maître italien. Chédeville utilise quelques pièces authentiques de Vivaldi, pour donner un peu de légitimité à sa publication, alors qu’en parallèle, Jean Sébastien Bach procède également à un emprunt similaire. Il nous donne une version pour clavier du concerto RV 316, qui serait aujourd’hui disparu sans cette copie. Nous pouvons donc reconstituer dans une seule grande sonate en sol mineur les versions Chédeville et Bach, pour la flûte et le clavecin.
S’agissant des méthodes instrumentales, la question des emprunts, citations et plagiats d’un ouvrage didactique à l’autre a été bien étudiée. Nous choisissons dans un des ouvrages pédagogiques de J.J. Quantz, les Solfeggi, plusieurs pièces éparses, la plupart du temps sans nom d’auteur, citées in extenso par le flûtiste à destination peut-être de son royal élève le roi de Prusse. Mises ensemble par tonalité, avec leur basse restituée, elles forment des œuvres en quatre mouvements tout à fait crédibles.
A l’inverse du cas de la partita de Bach, les pièces en concert de Silvius Leopold Weiss, un de ses contemporains, nous sont parvenues sous forme de tablature de luth seul, la partie de flûte suggérée par le titre étant perdue. Il ne nous semble pas manquer de fidélité à l’esprit de l’auteur, de tenter une reconstitution de la partie de flûte d’un de ces concerts. Quant à sa suite L’Infidèle, qui inspire le titre de notre programme, nous en tentons / suggérons une adaptation pour le clavecin.